bonjour à tous;
aujourd'hui, j'ai décidé de me reposer; trois jours que je joue les constructeurs de bordures, que je bétonne, découpe, retape, remet en forme, nettoie, lave, balaie, brosse, discute, parle,
reparle, me tais (plus rarement, et ça ne fatigue que les autres quand je parle)
en bref, je suis un peu paresseux ce matin...j'attends la pluie bienfaitrice qui finira de laver le trottoir et le caniveau que j'ai copieusement salis; mais qu'importe, s'il ne pleut pas, le vent
se chargera de pousser plus loin les saletés que j'ai laissées. En dernier recours, ma femme, ma douce, s'emparera du balai en paille de riz pour éloigner au large, très au large, le petit tas de
détritus que j'ai omis (volontairement) de ramasser.
que voulez vous, il faut bien que tout le monde participe...
hier, Célia, la femme de Richard mon voisin , après avoir regardé ma bordure a dit:
"c'est bien, moi qui veux monter une entreprise, j'ai déjà un ouvrier..."
j'ai répondu:
"tu sais Célia, ce n'est pas une bonne affaire, je ne travaille pas vite..."
sa réponse immédiate:
"c'est pas grave, on ne paie pas cher..."
c'est foutu, je ne serai pas monteur de bordures, ça me fatigue et ça ne me rapporterait rien!
j'en reviens au balai de paille de riz; savez vous que l'univers de la brosserie est immense?
rien qu'en cherchant d'où viennent les matières premières, on voyage à travers le monde...le chiendent, importé du Mexique, arraché dans des terrains sulfureux où il ne fait pas bon vivre,
la soie de porc, importée de Chine et prise sur des cochons noirs ,
la paille de riz, les palmes les nervures de feuilles de palmes qui servent à faire les balais des cantonniers, c'est toute mon enfance qui défile à l'énoncé de ces produits....ma mère était
brossière à domicile, payée au nombre de pièces produites, et si ma jeunesse s'est passée dans la soie, ce n'était pas celle des vêtements doux et soyeux mais celle des balais qui s'amoncelait sur
le sol au fur et à mesure que nous montions les balais...
je dis "nous", car bien sûr, j'aidais ma mère à faire un maximum de pièces afin de garnir un peu la marmite..
ensuite, comme je travaillais de nuit en boulangerie, je pouvais passer 4 heures chaque après-midi à l'usine de brosserie (nous logions au dessus des bureaux, ma mère et moi)
croyez moi, j'en ai coupé des bottes de chiendent, j'ai appris à reconnaitre les qualités et parfois quelques noms me reviennent: le fina, le fina diasté, qui étaient ceux que j'appréçiais car plus
faciles à couper...
maintenant, toutes ces fibres naturelles ont laissé la place aux fibres synthétiques , plus faciles à travailler mais sans vie et sans histoire...
l'écologie aidant, peut-être reviendra t-on à ces fibres naturelles, qui sait?
je ne vous ai pas parlé des martinets!
grave lacune, c'était mon boulot à la maison...il fallait clouer 12 lanières sur le manche, clouer une bande de molesquine pour cacher les clous, attacher les martinets par 12, puis les rassembler
par douze douzaines car j'étais payé à la grosse, c'est à dire 144 martinets fabriqués!
époque glorieuse des petits boulots à domicile, des délais de fabrication, de la poussière, des déchets qui jonchaient le sol...
Curieusement, je garde un bon souvenir de cette époque...il est vrai que j'ai ainsi aidé ma mère pendant trois ou quatre années , jusqu'au service militaire...
j'étais jeune, heureux de vivre, plein d'idéaux ...je suis plus vieux, toujours heureux de vivre , mais les idéaux n'ont pas forcément suivis, ils sont maintenant l'apanage des plus jeunes qui
veulent ou peuvent encore y croire..
de toute façon on ne fabrique plus de martinets, ils sont mal vus dans notre société, encore un petit boulot qui disparait...tant mieux pour les fesses des enfants!
je vous laisse, il faut que je frotte le sol du garage avec mon lave-pont en chiendent!...décidément, je suis poursuivi par les souvenirs...
bonne journée à tous, soyez heureux!